Chapter Text
"Elle est vraiment très belle. Plus qu'avant c'est certain. Je n'avais jamais remarqué qu'elle était aussi belle."pensa Lavinia. Elle poussa un léger soupir et laissa doucement glisser les cheveux de Sara entre ses doigts.
Elle continua à la regarder, son visage était paisible. Il est normal qu'elle se soit endormie vite, surtout après les émotions de la soirée. Lavinia sourit, se trouvant bien stupide à regarder Sara dormir, mais elle se mit à réfléchir. Il était vrai que ce soir encore, elle s'était beaucoup inquiétée pour Sara, et même si elle voulait le nier, cela faisait un certain moment qu'elle veillait sur elle, s'assurant qu'elle allait bien. Fut un temps, Lavinia n'aurait jamais pensé qu'elle se serait autant rapprochée de Sara et aurait pu la voir différemment. Et pourtant c'est ce qu'il se produisait depuis un moment déjà. Elle secoua la tête et se dit "Stupide, je suis bien stupide de penser qu'il pourrait se passer quelque chose." Après tout elle avait causé beaucoup de torts à Sara étant plus jeune, et même si celle-ci ne semblait pas le lui reprocher, elle ne pouvait pas oublier. Et Lavinia ressentait une pointe de regret en repensant à toutes ces fois où elle répétait qu'elle n'était pas amie ou qu'elle ne l'aimait pas.
Évidemment, c'était faux, elle appréciait Sara, bien plus qu'elle ne l'avait laissé paraître au cours des derniers mois, et les quelques jours passés en sa compagnie à bord de l'université n'avaient fait que précipiter les choses.
La jeune femme se leva sans un bruit, pour ne pas réveiller sa colocataire, et rejoignit son lit, où elle se glissa sous ses draps. Bien que fatiguée, elle n'arrivait pas à s'endormir. Elle laissa son esprit divaguer. L'université était calme, on entendait seulement le vrombissement de ses hélices, qui était régulier et presque apaisant. Cependant, ce n'était pas suffisant pour Lavinia, qui n'arrivait pas à se concentrer uniquement sur le bruit des machines.
Encore une fois, ses pensées l'emmenèrent vers celle qui dormait dans le lit d'à côté. Ces derniers jours qu'elles avaient passées toutes les deux avaient été bien mouvementés, et ce pour plusieurs raisons. Et l'une d'elle que Lavinia ressassait, c'était qu'elles s'étaient beaucoup rapprochées, ce qui était logique, mais pas comme elle l'imaginait.
En effet, au début, Lavinia voulait s'amuser avec Sara, jouant de ses talents plus que reconnu de séductrice, pour lui faire oublier ce lourdaud de James. Cependant, tout ne s'est pas passé comme prévu, notamment dans la cabine de plage. Et si elle était partie précipitamment c'est parce qu'elle ne voulait pas que Sara la voit rougir, être totalement perdue. Et c'est ce qu'il se passait en ce moment, Lavinia était perdue. Elle ressentait des sentiments, pas le moins du monde désagréables, mais qu'elle n'avait jamais ressentie avant, comme le fait de s'inquiéter pour Sara, car cela l'avait attristé de la voir s'effacer à mesure qu'elle et James s'éloignaient, avant de rompre.
Elle se laissa envahir par cette douce vague de chaleur que cela produisait chez elle, et elle sentit ses joues chauffer. Elle se sentait bien, et en même temps tout cet espoir et ces émotions positives étaient gâchés par le doute. Parce que même si Sara pouvait aimer les personnes comme elle, pourquoi aurait-elle des sentiments pour celle qui, autrefois, avait été méchante avec elle ? Malgré cela, Lavinia se raccrocha au fait que Sara aurait pu la repousser plus d'une fois ou tout du moins réagir à tout ça. Elle finit par s'en convaincre, ce qui l'apaisa et elle put enfin trouver le sommeil, bercée par le bruit des hélices et les respirations presque imperceptibles de Sara.
Elles se levèrent en même temps le lendemain matin pour manger ensemble, comme elles en avaient pris l'habitude. C'est seulement à table que Lavinia demanda à Sara :
–Comment ça va depuis hier soir ?
Elle s'était assurée de ne pas être portée de voix des oreilles traînantes.
–Mieux on va dire, mais j'ai encore du mal à comprendre ce qu'on attendait de moi.
–Bah, on verra bien dans les jours à venir, ou même quand on sera au Japon. Cet ambassadeur m'intrigue tout particulièrement.
–Oui, un bien étrange personnage, si tu veux mon avis. Hier soir on a un peu parlé lui et moi, et il m'a posé beaucoup de questions sur mon travail, mais aussi sur toi.
Lavinia parut surprise, avant de répliquer nonchalamment :
–Ah ça, c'est la célébrité on ne peut rien y faire.
Sara esquissa un sourire et plongea ses yeux dans les siens.
–Oui sans doute. Mais comme tu l'as dit, on verra bien.
Lavinia, sentant le rouge lui monter aux joues, se leva un peu trop brusquement et dit en vitesse :
–Bien hem, je dois aller donner mon cours
Et elle partit précipitamment, abandonnant une Sara perplexe.
Peu de temps après le départ de Lavina, Sara prit la direction de la bibliothèque. Elle connaissait le chemin par cœur et pouvait laisser son esprit divaguer durant le trajet.
Depuis qu'elle avait embarqué sur l'université beaucoup de choses avaient changé, et ce, en quelques jours. Elle avait l'impression d'avoir enfin repris sa vie en main, même si cette histoire d'espionne ne lui disait rien qui vaille. Elle pensait aussi beaucoup moins à James, c'était plus par réflexe qu'elle l'avait cherché au casino l'autre jour. Le fait d'avoir envoyé cette lettre l'avait libérée d'un poids, elle se sentait plus légère.
Finalement, c'est Lavinia qui lui avait suggéré de reprendre le contrôle sur sa vie, et comme cette université était un terrain inconnu, Sara lui avait demandé de venir avec elle parce que c'est une alliée redoutable. Et c'était aussi elle, qui lui avait proposé d'envoyer sa lettre de rupture à James. Plus elle oublie son ex-fiancé et plus elle pense à Lavinia, d'une manière qui la surprend quelque peu. Il est vrai que la jeune femme avait raison, Sara n'était pas insensible aux jeux de séduction, à moins que ce ne soit autre chose…. Elle repensa au comportement de cette dernière depuis qu'elles étaient à bord de l'université et quelque chose germa dans son esprit, c'était une idée, une émotion, mais elle l'écarta très vite en pensant "Lavinia s'amuse juste avec moi, il n'y a sûrement rien derrière"
Cependant, un léger doute la saisit et il resta toute la matinée avec elle, malgré ses efforts pour se concentrer dans les classements et rangements des livres dès qu'elle fut à la bibliothèque.
Sara sursauta presque lorsque Lavinia débarqua dans la bibliothèque, pleine d’énergie, qui contrastait fortement avec le calme dans lequel elle s’était plongée depuis ce matin. La blonde commença à parler rapidement en se dirigeant vers le siège de bibliothécaire :
–Franchement ces gamins je me demande ce qu’ils ont dans la tête ! Ils ne savent rien et encore moins à l’amour !
Elle se laissa tomber dans le siège en disant cela. Sara rit gentiment et dit :
–Et toi, Oh Lavinia, tu vas les sortir de l’ignorance et leur faire découvrir l’amour avec un grand A, et ce grâce à ton expérience dans le domaine, Lady Berry. finit-elle sur un ton taquin. Ce qui eut pour effet de piquer Lavinia au vif, mais elle ne s’emporta pas, et esquissa même un sourire, parce que c’était tout de même bien marrant.
Elle répliqua :
–Il n’empêche qu’ils sont totalement ignorants, moi à leur âge j’en savais déjà un rayon sur….
–Ah non chut, pas un mot de plus *Sara riait* je ne veux pas savoir ce genre de chose ! ajouta-t-elle en s’approchant du bureau pour mieux parler avec elle.
Lavinia sourit à son tour, Sara était vraiment jolie quand elle riait et cela lui faisait du bien de la voir de nouveau épanouie. Elle s’en voulut aussitôt pour ses pensées et tenta de chercher un sujet bateau de conversation, elle décida de parler de son cours, et Sara l’écouta attentivement. Elle expliqua en quoi ses élèves étaient des causes perdues, qu’il fallait redresser tout ça avec des contrôles et pleins de devoirs. Elle finit sa tirade sur :
–S’ils ne viennent pas te voir cet après-midi pour emprunter des livres ; crois moi ils vont m’entendre.
Sara leva les yeux au ciel, mais sans mépris ni agacement et dit :
–Je refuse de collaborer à cette dictature des zéros que tu as mise en place.
–Roh ça va, il faut bien les brusquer un peu, c’est pour me faire respecter.
Lavinia avait posé sa tête sur sa main et avait fini sa phrase avec un petit sourire entendeur. Sara soupira, plus amusée qu’ennuyée. Elle se rendit compte qu’elle appréciait beaucoup la présence de son ancienne rivale qui, et bien… rendait sa vie plus mouvementée effectivement.
Il y a quelques années encore, si on lui avait dit qu’elle serait entraînée dans une affaire d’espionnage avec Lavinia, elle n’y aurait pas cru, surtout la partie sur Lavinia. Parce que celle-ci ne la portait pas dans son cœur, pas si longtemps auparavant. Même si depuis qu’elles s’étaient retrouvées aux Indes, beaucoup de choses avaient changé et en bien. Et encore une fois, Sara fut saisie par certaines pensées, qu’elle jugeait irréalistes et inappropriées, et qui pourtant étaient bien réelles, et tout cela la laissait confuse.
Remarquant que Sara semblait absorbée par l’observation d’un livre sur son bureau, Lavinia questionna gentiment :
–On va manger ? C’est bientôt l’heure.
Sara cligna des yeux plusieurs fois et finit par la regarder pour bégayer un “Oui, oui” et baisser la tête. Lavinia demanda tout de même :
–Tout va bien ?
Ses yeux trahissaient son inquiétude, mais elle s’en fichait. Sara reprit plus fermement cette fois :
–Oui ce n’est rien je…*elle balaya l’air avec sa main* j’étais juste perdue dans mes pensées.
La blonde haussa un sourcil mais n’insista pas, elle avait l’air sincère de toute manière. Elle se leva et dit :
–Alors, allons-y !
Et avec un sourire malicieux, et sans laisser le temps à Sara de réagir, elle prit son bras dans le sien et l’entraîna vers la sortie. Evidemment, elle lui lâchera lorsqu’il y aura du monde, mais pour le moment elle la gardait près d’elle. Elle ne savait pas trop si elle s’amusait ou s’il s’agissait là d’une envie qui s’exprimait. Quoiqu’il en soit, ça lui plaisait quelque soit le cas, et si elle avait tourné la tête vers Sara à ce moment-là, elle aurait pu voir que celle-ci avait un peu rougit et, même si elle était embarrassée, cela ne la dérangeait pas non plus. Et sans plus faire attention l’une à l’autre, elles partirent manger, au bras de l’une et de l’autre.
Le reste de la journée passa sans encombres, mais une petite question taraudait Lavinia. Enfin, il y avait plusieurs questions, mais celle-ci pouvait obtenir une réponse claire. Il ne s'agissait pas là de ce qu'elle voulait réellement, mais elle pourrait faire avec pour le moment.
À la fin de son dernier cours, elle partit vers leur chambre, sans croiser grand monde. Les couloirs étaient éclairés par la lumière orangée du soleil, avant qu'il ne se couche. Tout était calme autour d'elle, et tout se ressemblait, elle connaissait par cœur certains trajets mais elle aurait pu se perdre facilement. Lavinia finit par arriver devant leur porte. Lorsqu'elle l'ouvrit elle vit que Sara était déjà là. Elle regardait le ciel défiler assise devant leur fenêtre, le menton soutenu par sa main. Elle était baignée dans la lumière du soleil couchant, qui la rendait vraiment belle pensa Lavinia. Sa robe pour la soirée était étalée sur son lit. Sans se retourner, Sara dit :
–Tiens te voilà, les élèves ne sont pas traumatisés j'espère ?
–Bien sûr que non ! rétorqua Lavinia en levant les yeux au ciel. Puis elle se souvint de ce qu'elle avait à lui demander. Elle réfléchit un instant avant de se lancer :
–Dis ?
–Hmmmm ?
Elle ne s'était toujours pas retournée, trop absorbée par le spectacle majestueux qui se déroulait dehors. Lavinia se dirigea vers son lit pour le déplier, afin de s'asseoir dessus. À ce moment-là, Sara s'arracha à sa contemplation pour se tourner vers elle, en la fixant avec un regard interrogateur. Lavinia se décida à continuer :
–Tu sais, je me disais, enfin tu n'es pas obligée d'accepter, mais ces derniers temps on s'est beaucoup aidée l'une et l'autre, et je me suis dis que … et bien que tu n'étais plus vraiment ma rivale …. Enfin si tu vois ce que je veux dire….
Elle ne savait pas comment continuer, et attendit une réaction. Sara sourit, puis demanda gentiment :
–Tu veux dire, qu'on est amie ?
–Oui, quelque chose comme ça !
Elle l'avait dit avec un peu trop d'enthousiasme, surtout en ayant conscience que cela cachait autre chose. Sa réaction fit échapper un petit rire à Sara, qui tendit la main vers elle, et avec un visage rayonnant (en tout cas c’était l’impression de Lavinia), elle lui dit :
–Alors on est amies maintenant.
Et soulagée, Lavinia prit sa main dans la sienne et la serra. Elle était douce et chaude, et ces quelques secondes de contact lui semblèrent durer une éternité, ses yeux plongés dans les siens et le doux contact de sa peau. Elles se séparèrent, puis Lavinia dit:
–Et maintenant très chère « amie », allons manger !, elle avait accentué le mot « amie ».
Elles se changèrent puis partirent dîner. En y repensant, Lavinia se dit qu’il était mieux de qualifier Sara d’amie, plutôt que d’ancienne rivale, cependant ça n’était pas encore suffisant pour elle, mais elle devrait s’en contenter, pour le moment du moins. Quant à Sara elle était contente de mettre un nouveau mot sur sa relation avec sa colocataire, et pendant une soirée, elle oublia ses doutes et ses émotions conflictuelles en se réfugiant derrière ce mot « amie », qui sonnait tout de même bizarrement.
La journée suivante passa normalement. Lavinia venait à la bibliothèque entre ses heures de cours, pour se plaindre auprès de Sara notamment.
A la fin de son dernier cours, lorsqu’elle retourna à sa chambre, la jeune femme fut prise par un coup de fatigue (sûrement à cause de ses élèves). Elle entra dans la pièce et s’allongea directement sur son lit. Sara, surprise par son comportement, rapprocha sa chaise du lit et lui demanda:
–Ça va ? Tu m’avais l’air plus en forme tout à l’heure ?
–Je ne sais pas, je suis un peu fatiguée. Je pense que je vais rester dormir ici…, marmonna Lavinia, qui ne comprenait pas la raison de cette fatigue soudaine. Sara posa ses doigts sur les siens et lui demanda:
–Tu es sûre de vouloir rater le dîner ? Je peux te ramener quelque chose si tu veux...
–Non, non c’est bon, je vais rester ici, je mangerai demain.
–Bon, si tu insistes.
Sara resta encore quelques minutes puis partit manger, et Lavinia finit par tomber de sommeil.
